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es affections cranio-faciales sont polymorphes, et par leurs localisations et par leurs évolutions. Elles peuvent prêter à confusion, le diagnostic est souvent difficile. En tant que médecin ou chirurgien-dentiste nous sommes quotidiennement confrontés à ces pathologies. 
Dans les centres de traitement de la douleur, environ 40 % des patients consultent pour des douleurs de la sphère oro-faciale ou des céphalées (Hôpital Lariboisière: statistiques 1993). Les médecins sont donc fréquemment confrontés à ces problèmes.
En 1990, l'American Academy of Cranio-Mandibular Disorder, publiait une compilation d'études épidémiologiques montrant que 75 % de la population examinée présente un signe de dysfonctionnement de l'articulation temporo-mandibulaire (bruits articulaires, douleurs...) alors que ces études portaient sur des sujets non sélectionnés. Les chirurgiens-dentistes sont donc fréquemment confrontés à ces problèmes.
En complémentarité avec les médecins (toujours consultés en premier), les chirurgiens-dentistes ont donc un rôle dans le diagnostic et le traitement de ces patients. Dans le but d'une meilleure collaboration entre nos spécialités, il nous semble intéressant de faire le point sur l'évolution constante de la compréhension des pathologies de l'appareil manducateur, qui ne doivent pas être oubliées lors de la recherche de l'origine des affections cranio-faciales.
"Il y a trente ans, les patients qui consultaient leur médecin généraliste pour des douleurs cranio-faciales étaient adressés à l'ORL, au neurologue, quelques fois au rhumatologue. Chaque spécialiste effectuait les examens correspondants à son domaine, déclarait qu'il n'y avait rien d'anormal. Comme la symptomatologie est fréquemment fluctuante, la quête thérapeutique se tarissait... jusqu'à la prochaine crise où un nouveau spécialiste était consulté. Après quelques années, le patient se voyait souvent adressé au psychothérapeute: comme on ne découvrait rien d'organique, cela ne pouvait être que psychologique" (ROZENCWEIG). Cette citation d'un des grands spécialistes français d'Occlusodontie montre le désarroi du corps médical devant ces symptômes restés longtemps "mystérieux".
En 1934, COSTEN décrivait des troubles
(acouphènes, vertiges, hypoacousie, céphalées, algies prétragiennes) liés à une dysfonction de l'articulation temporo-mandibulaire. 
Depuis cette date, la littérature montre un nombre extrêmement important de publications à ce sujet. De nombreuses théories (musculaire, psycho-physiologique, articulaire, cranio-mandibulaire-sacrée...) ont été émises grâce aux nouveaux moyens d'exploration (arthrographie, scanner, axiographie, IRM...) et la physiologie de ces pathologies s'est élargie à l'ensemble de l'appareil manducateur. 
Pour leur compréhension, mis à par une connaissance indispensable de l'anatomie (schéma A), il est nécessaire d'avoir à l'esprit un certain nombre de particularités de l'appareil manducateur:
Schéma B
- concentration musculaire considérable et mécanismes neuro-musculaires complexes,
- informations sensitives et proprioceptives diversifiées: dent, parodonte, bouche, articulations (voir schéma C),
Schéma A
- origine embryologique commune de la mandibule, du marteau et de l'enclume (cartilage de Meckel) et variations anatomiques incontestables selon les individus,
- présence d'un disque articulaire dans l'articulation temporo-mandibulaire dont la stabilité et les rapports avec les pièces osseuses sont liés à l'intégrité de la tension des ligaments (toute élongation, distension ou rupture des ligaments ouvrent la porte aux dysfonctionnement discaux),
- le disque articulaire (nouvelle appellation du ménisque) de l'articulation temporo-mandibulaire est puissamment corrélé au muscle ptérygoïdien latéral en avant (muscle intervenant dans tous les mouvements mandibulaire) et en arrière à une attache bipodique élastique qui doit s'allonger parfois démesurément à l'ouverture),
- l'articulation temporo-mandibulaire est totalement liée au système dentaire qui par l'engrènement des dents limite le mouvement de fermeture (voir schéma B),
- la préhension des aliments, la mastication, la déglutition, la respiration, la phonation et la mimique font appel à la mobilisation de la mandibule et amènent environ 1500 contacts quotidiens (nombre pouvant être largement augmenté par des parafonctions: bruxisme, crispation...),
- l'importance du rôle du facteur psychique sur le tonus musculaire,
- fonctionnement: les deux articulations gauche et droite (diarthrose) sont obligées de travailler ensemble quelque soit le mouvement exécuté,
- l'équilibre de la tête nécessite qu'à toute contraction des muscles antérieurs de la face (et donc des élévateurs de la mandibule) réponde une contraction des muscles du cou (voir schéma D).
* ADAM: Algies et Dysfonctions de l'Appareil Manducateur.