Retour Sommaire Numéro 9 - deuxième année

Depuis que s'est développé, dans la pratique quotidienne en médecine des animaux de compagnie, l'usage des tensiomètres indirects (méthode oscillométrique - la plus pratique et la plus complète - ou méthode doppler - la plus précise, semble-t-il, mais plus limitée), les vétérinaires ont pris conscience de l'importance des hypertensions artérielles dans ces espèces.
Souvent, les consultations qui aboutissent au diagnostic d'H.T.A. ont une motivation initiale toute autre.

Dans "LE POINT VÉTÉRINAIRE" de décembre 1998, est décrit et largement commenté un cas intéressant d'hypertension artérielle chez une chatte âgée de 13 ans, et présentée par son propriétaire pour une douleur à l'úil gauche survenue brutalement 1.

L'animal ausculté était anorexique, et avait présenté, quelques jours avant, des troubles nerveux: baisse de vigilance, faiblesse postérieure.
L'examen de l'animal permit de constater, outre une atteinte oculaire grave (hémorragies de la rétine et du vitré, hyphéma, associés à un glaucome), des signes cardiaques asymptomatiques décelés par échoradiographie et E.C.G. (souffle cardiaque, insuffisance mitrale, cardiomégalie gauche), et une insuffisance rénale (augmentation du taux d'urée dans le sang, créatininémie, concentration insuffisante des urines).

De la discussion du cas, ressortent quelques observations et déductions, qui méritent d'être rapportées.

Chez les chats, ce sont surtout les atteintes oculaires (cécité brutale, mydriase et/ou hyphéma), qui conduisent les propriétaires à consulter.
En fait, les motifs de consultation pour cause d'atteinte oculaire représentent plus de 50 p. 100 des cas où une hypertension est par la suite identifiée; ces sujets ont une pression artérielle de l'ordre de 220 / 225 mm de mercure, alors que les chiffres normaux (soumis à des variations liées à la méthode de mesure, au stress de l'animal, au cycle nycthéméral), sont: pression systolique, 170 mm, pression diastolique, 100 mm. 2

 Habituellement, les animaux présentés sont âgés; et le diagnostic est un diagnostic tardif. 

Les lésions qu'observent les vétérinaires correspondent à ce que seraient, chez l'homme, les lésions associées à l'hypertension maligne; les organes cibles sont les organes très vascularisés: yeux, système nerveux, reins. Le tableau est celui d'une affection poly-systémique, et l'atteinte cardiaque, fréquente, est rarement symptomatique.

Dans le cas présenté, il fut définitivement établi que l'H.T.A. était secondaire à une insuffisance rénale; et était à l'origine des signes oculaires, cardiaques et neurologiques.

Le traitement instauré permit une stabilisation; d'abord fut entrepris un traitement antiglaucomateux: Timolol (collyre), Acétazolamide, (et déxaméthasone : pour limiter l'inflammation associée à l'hyphéma); dès normalisation des valeurs de la pression oculaire (10 mm de mercure), un traitement à base de clindamycine, atropine et déxaméthasone fut mis en place. 

2) La mesure se fait à l'artère caudale (surtout pour les chats) ; ou au membre antérieur, à la face plantaire du métacarpe - artère pédieuse - (surtout pour les chiens). Chez les chiens, la pression artérielle systolique normale est de l'ordre de 180 mm  (pression diastolique : 95 mm).
3) A propos de l'Amlodipine, on lira avec fruit : E. Madron, "Hypertension artérielle chez le chat. Une étude sur son traitement par l'Amlodipine" . Semaine Vétérinaire, n° 913, 21.11.1998.
1) C.F. Saignes, Y. Salmon, et C. Roegel . "Cas clinique : Hypertension artérielle chez un chat". Le Point Vétérinaire, dèc. 1998, 29 (195), 1167-1172.